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Colloque de Morlaix

Dernière mise à jour : 28 mars 2023

COLLOQUE ORGANISE PAR LES AMIS DU MUSEE DE MORLAIX A LA CCI LE 3 DEC 18

UN MUSEE DANS SON TERRITOIRE

A l’occasion des travaux de réaménagement du musée des Jacobins, s’est tenu à Morlaix le 3 décembre 2018 une journée d’échange et de réflexions sur ce qu’est un musée, son rôle et son devenir, reprenant le titre de la conférence de Jean-Michel Tobélem, Le musée, la ville et le territoire. Une journée, organisée par l’association des Amis du musée de Morlaix, en relation avec la Fédération régionale, présidée et introduite par Madame le Maire de Morlaix Agnès le Brun, destinée aux amis de musées mais aussi à tout public. Au cours de cette journée qui a eu lieu dans un amphithéâtre prêté gracieusement par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Morlaix, il a été question des rôles culturels, éducatifs, économiques et sociaux des musées. En résumé et en filigrane, les intervenants ont essayé de répondre à la question un musée pour quoi faire ? Ou encore à quoi sert un musée selon le titre du dernier forum du journal Le Monde en octobre dernier à Paris. 96 personnes étaient présentes parmi les 100 inscrits, et parmi eux des représentants des associations de Brest, Pont-Aven, Quimper, Rennes et en plus des conservateurs intervenants les conservateurs des musées des beaux-arts de Brest et du musée du Bateau à Douarnenez, de nombreux morlaisiens et des élus municipaux, de la communauté de communes et de la Région, la députée de l’arrondissement.


Dans son introduction Agnès Le Brun a rappelé la genèse du projet et a tenu à remercier la nouvelle conservatrice du musée Sophie Weygand qui s’est portée candidate à ce poste et a accepté de mener à bien ce projet de 14 millions d’euros « qui ne se vend pas facilement à une époque de rationnement budgétaire ». Elle a œuvré selon trois convictions, en premier avec « le devoir de préserver ce patrimoine immobilier très dégradé et de le restaurer pour une nouvelle vie, justifiée par la richesse des collections » et elle rappelle combien la ville s’est battue pour attirer l’attention de l’état et faire partie du projet « secteur sauvegardé ». Ensuite le projet s’est inscrit dans la volonté d’une culture pour tous, comme l’usage de la cour des Jacobins l’a déjà prouvé, passant de lieu de performances pour le musée et le théâtre, à des salons d’éditions ou au marché de Noël ; c’est « un projet global, central, phare » dont le parcours ne sera pas obligé mais qui laissera le choix au visiteur, « un musée qui ne sera pas le cimetière de l’art de Lamartine ». Elle souhaitait enfin réunir tous les acteurs autour du projet, les architectes du patrimoine et de la réhabilitation, dans un maillage territorial de lieux de culture entre Landerneau et Pont-Aven… Un musée pour les habitants et les touristes auxquels il faut proposer « un package ». Les acteurs économiques sont essentiels et chacun sait que la culture en est un pivot essentiel. « On attend des emplois induits et déjà on voit augmenter le nombre de personnes qui cherchent le triptyque, hôpital, écoles, équipements culturels ». En conclusion « c’est à nous tous, avec la chance d’être accompagnés par les Amis du musée qui est davantage qu’une simple association, de faire valoir ce que nous voulons transmettre ».

Après cette introduction, Les interventions se sont placées selon plusieurs axes et ont traité en premier lieu des questions d’architecture et de collections qui sont naturellement centrales.


Questions d’architecture et nouvelles missions des musées

Jean-Michel Tobélem directeur de l’Institut d’étude et de recherche, Option Culture, rappelle ce qui constitue un musée, « une aide à l’apprentissage » depuis leur invention pendant la Révolution, « un réservoir de connaissances » accumulées en grande partie grâce à des mécènes et à l’Etat. Il rappelle aussi que la forme Musée aurait pu disparaître dans les années 60, au contraire, ils ont connu un vrai regain mais avec quel avenir ? C’est toujours « une institution civique » qui conjugue « l’éducatif, l’inventif et le créatif » tout en maintenant « un équilibre entre connaissance et lieu de vie, pas obligatoirement au détriment des études », toujours en lien avec l’économie. Avant de recentrer sur Morlaix, il projette un certain nombre de projets culturels exemplaires autour du monde, qui sont autant de réalisations « flamboyantes en relation avec leur environnement » du Clark Art Institut à Williamstown de Tadao Ando ou du Broard Art Museum, Michigan State University, de Zaha Hadid, au Zeitz Museum of Contemporany Art au Cap qui célèbre le patrimoine industriel par sa structure, un ancien silo à grains et « permet de projeter l’image d’un pays en pointe à l’extérieur ». Le musée devient l’une des composantes d’une nouvelle économie. Se conjuguent à ces nouveaux modèles de nouveaux enjeux qui prennent en compte les besoins d’une population et du tourisme mais la tension est croissante, entre les missions scientifiques et culturelles et la recherche de nouvelles ressources, avec un risque éventuel « d’instrumentalisation».

Morlaix est déjà reconnu pour son musée auquel va s’ajouter l’Espace des sciences. Ils peuvent tous deux doper l’économie mais à condition que les habitants se les l’approprient. « Il faut qu’ils aient l’impression que c’est leur musée ».

Au cours du débat qui a suivi, les questions du bel écrin architectural qui valorise la collection et de la gratuité d’entrée ont été posées. La gratuité n’est pas envisagée à Morlaix mais Jean-Michel Tobélem a plaidé pour cette mesure, car la collecte du droit d’entrée coûte plus qu’elle ne rapporte par sa mise en place contraignante, en prenant l’exemple sur les musées scandinaves et les bibliothèques qui sont toutes d’accès gratuit. « C’est déjà difficile d’y aller pour de nombreuses personnes, ne créons pas de barrages supplémentaires ».


Collections, les achats

Et l’histoire des collections, ses choix et ses refus, ce qu’on montre ou pas, sont à l’image des sociétés qui les ont créées. Elles parlent d’histoire mais aussi du goût. Par exemple à Morlaix en 1886 avec Edmond Puyo, initiateur comme maire puis premier conservateur du musée à son ouverture en 1887 et ses achats aux Salons de Nantes dont nous a parlé Béatrice Riou sous-directrice du musée de Morlaix.

Ces achats complétaient le legs de 30 peintures anciennes du Général de Tromelin et celles de la Société d’études scientifiques du Finistère. La ville avait bénéficié d’un important legs de 60000 francs du Comte Ange de Guernisac en 1875 qui a permis de mener à son terme le projet de musée « un équipement urbain normal dans une ville moyenne ». Puyo et son neveu médecin nantais, « bataillent ferme » et leurs choix se portent, « sur des « paysages bucoliques », de Binet, Bourgogne, Fouace et son homard « au naturalisme du goût de l’époque », « Saintin et son magnifique Arbre sous la neige, aux touches bleutées et rosées, influencé par les impressionnistes ». On note qu’il n’y a pas eu d’achat impressionniste. La commission municipale préfère des peintures bretonnes traditionnelles même si certains s’en offusquent : « Ces costumes que l’on voit tous les jours ? Discutable comme peintures ! ». Pluie à Belle-Ile de Monet, peint cette même année n’entre dans les collections qu’en 1927 quand Les Amis de Gustave Geffroy et Armand Dayot rêvaient de faire du musée de Morlaix un musée d’art moderne en province. Autre point de vue à Pont-Aven autour de Gauguin, dont le chantier et le nouveau musée ont été présentés par Rachel Kerébel, chargée des collections et des publics, quand Sophie Weygand conservatrice en chef du musée de Morlaix évoquait un autre chantier de rénovation mené par ses soins à Beaufort en Anjou autour de Joseph Denais et de sa vision encyclopédique du musée.


La création du musée de Pont-Aven

Par Rachel Kerébel responsable des collections et du service des publics pour les musées de Concarneau Cornouaille Agglomération (Musée de la Pêche et Musée de Pont-Aven. Elle a participé au projet de recréation du nouveau musée, notamment en menant le chantier des collections et la campagne de restauration afférente..

Le projet muséal a été validé en 2008, avec un échéancier de 10 ans et 8 millions d’euros. Programme scientifique, chantier des collections, restaurations ont été menées parallèlement à une modernisation de l’informatisation, à la rédaction d’un plan de communication et d’un catalogue inaugural, à la rédaction des cartels, tout en créant un site et faisant une veille sur les acquisitions possibles. Le public, qui a doublé depuis la réouverture, a été tenu au courant de l’avancée du chantier et des actions de médiations ont été menées dans le Finistère et le Morbihan « pour apporter une culture à domicile ». Il faut noter une part active des Amis du musée avant et après les travaux. Ils ont notamment permis la rénovation de la façade par une action de mécénat pour un montant de 34000 euros et participent toujours activement à l’organisation des conférences.


Un exemple de rénovation

« Tout changer pour ne rien changer » a été le parti-pris de rénovation du musée par Sophie Weygand, conservatrice en chef du musée de Morlaix depuis septembre 2018, après avoir observé pendant dix ans les déambulations des visiteurs dans ce « grand bazar » et parmi eux de nombreux enfants et des artistes. Un chantier d’une dizaine d’années comme toujours pendant lequel une équipe à 80% féminine inventorie, sans idée préalable des contenus.

Ici aussi, la municipalité voulait rendre sa commune attractive en s’appuyant sur un musée du 19ème siècle, né de la volonté d’un journaliste qui collectionnait tout ce qui avait trait à l’histoire de son territoire et à la vie quotidienne. Travail pédagogique, maillage territorial, partenariats, prise en compte du territoire sont les maitres mots de cette réussite muséale qui a permis de passer de 2000 ou 3000 à 10000 visiteurs.


L’espace des sciences à la Manufacture des tabacs

L’Espace des sciences qui va se créer à la manufacture des tabacs n’est pas un musée même s’il a des collections mais un centre de culture scientifique technique et industriel. Ces espaces partagent avec les musées les missions de transmission des connaissances et de démocratisation de la culture. Ils contribuent à « la conservation et la mise en valeur de patrimoines culturels, scientifiques et techniques locaux ». Belle opportunité pour Morlaix et sa population de voir en même temps la recréation et la création de deux espaces culturels emblématiques de la ville et de son territoire.

Annie Loneux, élue de Plouégat-Guerrand, ancienne Vice-Présidente Culture de Morlaix Communauté, chargée du suivi du projet pour l’Espace des sciences de Rennes ainsi que Laurence Chabot muséographe, ont pu raconter la naissance du projet, son lien avec l’espace des sciences des Champs Libres à Rennes et la scénographie. La Manu et son riche patrimoine architectural et industriel est un lieu particulièrement cher aux Morlaisiens. Ce qui a été un espace industriel pendant 260 ans avait besoin d’être rénové. Le directeur de l’espace des sciences de Rennes a su rassurer les financeurs et Agnès Le Brun a cautionné. Premières démarches en 2010, permis de construire accordé en mars 2008, pour un espace de 3000 m2. « Une pierre de l’édifice administratif se monte chaque année avec des colloques, des rencontres et le dépouillement d’archives ». Sept espaces traiteront de l’architecture, du tabac et du travail, des machines et de la terre du massif armoricain avec un jardin des planètes sous les combles.


La table ronde a réuni les différents intervenants auxquels s’est ajoutée Sophie Lessard, directrice du musée de Brest. Elle a été plus courte que prévu, faute de temps et d’horaires de trains contraignants.

Il s’agissait de répondre aux questions des participants et de réfléchir au musée du 21ème siècle : participation des citoyens, notion de droit culturel, ressources des territoires. Jean-Michel Tobélem a rappelé les nouvelles missions sociétales du musée telles qu’elles existent déjà dans de nombreux musées à travers les services au public et les services éducatifs. La question de l’art comme thérapie, telle qu’elle est posée au musée des beaux-arts de Montréal a retenu toute l’attention mêlée d’interrogation du public. Sophie Weygand a été interrogée sur la politique d’acquisition notamment pour l’art contemporain et « local ». Elle évoque le recul nécessaire, la non pertinence du terme local dans la définition de l’art contemporain, et pose en revanche la nécessité de penser l’achat par rapport à la collection et sa valeur ajoutée.

Marthe Le Clech, première présidente fondatrice de l’association parle des collections, qui restent le fondement du musée et pose la question de la place de l’histoire du port de Morlaix dans ce nouveau musée, considéré dans un maillage territorial. Elle rappelle l’importance du caractère encyclopédique des collections.

Et la conclusion provisoire de ce débat viendra d’une innovation du musée de Brest, qui met en place une commission ouverte à tous, pour la rédaction du futur Projet Scientifique et Culturel, cherchant ainsi à questionner et à répondre


dans la mesure du possible aux attentes de la population.



Margot Allain Launay, Hermine La Selve, Corinne Le Noan, Alain Meudic, Françoise Terret-Daniel





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